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AMERICA’S CUP

Franck Cammas : «Notre retard en design est comblé »

Ne croyez-pas que Franck Cammas se prélasse dans son canapé durant sa convalescence suite à son accident de décembre (double fracture ouverte tibia-péroné) ! Le skipper de Groupama Team France est tous les jours ou presque à la base de Lorient, au four et au moulin… alors que la construction de l’AC 45 Turbo vient de démarrer sur trois sites distincts. Petit point à un an et demi de la 35e édition aux Bermudes.
  • Publié le : 13/01/2016 - 00:01

Franck Cammas : « Nous avons comblé l’année de retard que nous avions en design »Malgré sa fracture à la jambe fin novembre, le skipper emblématique de Groupama, espère renaviguer fin février. Photo @ Didier Ravon

Voilesetvoiliers.com : Déjà, comment va ta jambe  ?

Franck Cammas : Ça va plutôt bien. La plaie n’est pas tout à fait rebouchée, mais les os commencent à se consolider selon les radios. J’ai attaqué la rééducation à Kerpape (l’un des centres d’excellence en France en la matière ; ndlr). Quand je vais pouvoir poser le pied par terre et pouvoir mettre du poids dessus, je serai content.

Voilesetvoiliers.com : Tu espères pouvoir re-naviguer quand ?

F.C. : Franchement, je ne peux pas le dire à ce jour, mais j’espère fin février. Quand je serai capable de faire un footing, ça sera bon signe (rires). Plus sérieusement, il y a moins d’une chance sur deux que je régate à Mascate (Sultanat d’Oman) pour la première épreuve des Louis Vuitton America’s Cup World Series fin février… mais après il peut y avoir de très très bonnes surprises lors de la rééducation. En même temps, ce n’est pas la capacité à être à bord qui compte mais celle d’être performant. Il faut du temps de navigation, et là j’ai manqué tous les entraînements en décembre et début janvier… Ce qui est certain, c’est que je serai présent à Oman, car il y a des entraînements prévus après la régate, où j’espère bien retrouver le guidon de l’AC 45.

Franck Cammas : « Nous avons comblé l’année de retard que nous avions en design »A 30 ans, le Néo-zélandais Adam Minoprio rejoint Groupama Team France fort d’un an et demi à la barre du catamaran italien Luna Rossa. Plus jeune champion du monde de match racing, il possède une grosse expertise en équipage.Photo @ G. Cooke/DPPIVoilesetvoiliers.com : Justement, qui te remplace durant ton indisponibilité ?

F.C. : À ce jour rien n’est encore arrêté. Adam Minoprio (Néo-Zélandais ; ndlr) qui a navigué un an et demi avec les Italiens de Luna Rossa, nous a rejoints en novembre et était le barreur du second bateau (GC 32 ; ndlr) contre lequel je m’entraînais avant mon accident. Il a clairement l’expérience. On va voir si c’est lui ou un autre Français, car un certain nombre naviguent avec nous en ce moment (tel que Gurvan Bontemps ; ndlr). On a quelques cartouches… mais on donnera le nom en février.

Voilesetvoiliers.com : Et que fais-tu en ce moment ?

F.C. : Je suis bien occupé ! Il y a plein de trucs à faire. Ça me permet de plus m’investir dans la vie de l’équipe, et comme je suis plus présent dans les bureaux, c’est pas mal, car au moins les décisions sont prises du coup un peu plus rapidement.

Voilesetvoiliers.com : Où en êtes-vous du lancement de la construction de l’AC 45 Turbo ?

F.C. : Les moules de coques sont achevés et la construction démarre ces jours-ci. Il y a la moitié de l’aile qui est déjà fabriquée en Nouvelle-Zélande. Ce qui va être long, ce sont les coques, le pod et les bras mis en œuvre chez Multiplast et Décision (sociétés du même groupe ; ndlr). Comme on a un timing très serré afin que le bateau soit prêt en juin, on a décidé de faire travailler simultanément plusieurs chantiers.

Franck Cammas : « Nous avons comblé l’année de retard que nous avions en design »Franck Cammas ici de dos avec Martin Fisher et Juan Kouyoumdjian membres du design team, est très investi dans la conception de l’AC 45 Turbo et de l’AC 50 qui, lui, sera mis à l’eau fin 2016. Photo @ Yvan Zedda/GTF

Voilesetvoiliers.com : Tu peux nous en dire un peu plus ?

F.C. : Concernant la forme des coques, ça a été défini en quinze jours car ce n’est pas très compliqué et relativement figé. Là, on travaille beaucoup sur les systèmes et leur utilisation afin d’aller sur les bornes de la jauge qui sont importantes, essayer d’optimiser tout ça. Tous les jours on trouve des directions à prendre et des murs à pousser ! On a mis en place un VPP dans lequel on a confiance, et là l’idée est de voir comment améliorer la performance pure. C’est là qu’il faut réfléchir plus longuement.

Voilesetvoiliers.com : Le fait d’avoir intégré plusieurs membres du Team Luna Rossa et qui avant avaient travaillé pour Groupama a été d’un apport important ?

F.C. : Oui carrément ! C’est un vrai atout. On a récupéré six personnes qui ont l’habitude de travailler ensemble depuis 18 mois, et qui n’arrivent pas les mains vides. C’est sûr que l’on ne peut pas ressortir les plans de Luna Rossa (rires)… mais par exemple le système de contrôle de l’aile a été inventé et développé par Gwenolé Bernard, qui est avec nous aujourd’hui. Il y a des domaines où je pense que l’on va être très performant. Grâce à leur arrivée, nous avons comblé l’année de retard qu’on avait en design au départ.

Franck Cammas : « Nous avons comblé l’année de retard que nous avions en design »L’important travail de recherche mené sur le Class C, double vainqueur de la Petite Coupe de l’America en 2013 puis 2015, a permis de valider un certain nombre de systèmes. Photo @ Didier Ravon

Voilesetvoiliers.com : Toulon va accueillir la 5e épreuve des LVACWS les 10 et 11 septembre prochains. Tu connais bien le plan d’eau ?

F.C. : Pas vraiment, non ! Là où l’on va naviguer (dans le port devant les quais ; ndlr), j’y suis passé au moteur lors du Tour de France à la Voile… Mais l’endroit est idéal, car c’est une rade fermée avec mer plate et un emplacement rêvé pour le public. En AC45, il faut éviter les plans d’eau avec de la mer. En France, il n’y a pas tant d’endroits que ça. En gros, il y avait Brest, Toulon et la baie de Quiberon. En fait, Oman est probablement le seul plan d’eau du circuit où il peut y avoir de la mer quand le thermique souffle du large. Mais c’est très important dans l’optique de la Coupe qu’il y ait quelque chose en France. On va aider Toulon à réussir l’événement, et on met à leur disposition des gens de l’équipe afin de les aider.

Franck Cammas : « Nous avons comblé l’année de retard que nous avions en design »Abrités de la mer, la rade de Toulon et son vaste port, ont été choisis pour la 5ème étape du circuit des AC 45 cette saison. Photo @ Pierre Sénard

Voilesetvoiliers.com : Côté budget, vous en êtes où ?

F.C. : Il nous manque encore 20 % du budget qui s’élève à 25 millions d’euros pour nous aligner avec nos prévisions budgétaires. Groupama apporte 6 millions par an pendant trois ans. Nous sommes en discussion pour trouver un second partenaire complémentaire, et c’est indispensable ! Le projet suscite l’enthousiasme, mais quand tu passes devant le conseil d’administration, il y a parfois des négociations qui deviennent plus difficiles qu’avec le patron qui a donné son feu vert. Mais de toute façon, on continuera à chercher d’autres partenaires afin de pouvoir faire des programmes qui aujourd’hui ne sont pas faisables à cause de ce budget restreint.

Voilesetvoiliers.com : On dit que celui des Anglais de Land Rover BAR serait de 120 millions ?

F.C. : Oui ce sont les bruits que l’on entend. Autour de Ben Ainslie, ils ont été très bons commercialement et je pense qu’ils vont finir avec l’un des plus gros budgets de la Coupe. Après, c’est toujours un cercle vertueux. Les partenaires sont plus simples à trouver quand tu as 60 millions plutôt que 10. Nous, grâce à Groupama, on a sécurisé le projet puisque nous sommes sûrs d’aller au bout… mais en France, c’est difficile à bouger. Pourtant la prochaine Coupe de l’America ne va finalement pas coûter très cher par rapport aux retombées et à la notoriété de l’épreuve.

Voilesetvoiliers.com : Comment expliques-tu que ce soit si compliqué en France d’intéresser les gens à la Coupe de l’America ?

FC : Je crois que ça prend du temps, que les équipes ne sont pas pérennes, et que du coup il n’y a pas ce fond de roulement qu’ont des équipes comme les Néo-Zélandais, les Suédois ou les Américains. Nous on veut vraiment mettre en place une structure après 2017, et c’est fondamental. L’idée c’est de bien faire cette fois-ci afin avec ce que l’on a, pour nous légitimiser et nous apporter plus de confiance. Il faut être patient !

Voilesetvoiliers.com : D’où la création d’une filière jeune ?

F.C. : Bien sûr. Il y a une sélection qui a été rude, surtout menée par l’Ecole Nationale de Voile et des Sports Nautiques mais qui comportait des représentants de Team France, de la FF Voile et du département du Morbihan. On a eu 160 candidatures pour 10 places au final. C’est en fait la fondation Team France qui supervise et finance, l’objectif étant, un, de faire de la détection, et deux de former des jeunes pour la course internationale en équipage, afin de les amener au plus haut niveau, notamment lors de la Youth America’s Cup (en préambule de la 35ème Coupe en juin 2017 ; ndlr), qui est l’une des ambitions finales. C’est exactement le montage dont on rêvait. Groupama par l’intermédiaire de la fondation va financer le Tour de France à la Voile, et les autres programmes sont pris en charge par d’autres partenaires comme Bic Sport, l’ENVSN et le Morbihan.

Voilesetvoiliers.com : L’idée est de réussir ce qui a été fait pour la filière solitaire au Pôle Finistère Course au Large de Port La Forêt ?

F.C. : Exactement ! On a bien vu au succès de la sélection et le nombre de candidats motivés et talentueux qu’il y avait une attente en France pour une filière équipage.