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Actualité à la Hune

Coupe de l’America 2013 – Interview

Stéphane Kandler : «On ne participera pas à la prochaine Coupe !»

Patron du syndicat français Areva Challenge lors de la Coupe de l’America 2007, Stéphane Kandler (All4One) menait l’un des trois projets français pour la prochaine édition, en concurrence avec Energy Team (Bruno et Loïck Peyron) et Aleph (Bertrand Pacé et Alain Gautier). Il est le premier à renoncer officiellement par manque de moyens. Interview…
  • Publié le : 29/02/2012 - 00:01

Areva Challenge en 2007Barré par Sébastien Col, secondé par Tanguy Cariou à la tactique, Areva Challenge a terminé 8e sur 11 des Louis Vuitton Trophy 2007 à Valence, en Espagne.Photo @ Franck Socha All4OneStéphane Kandler renonce à la prochaine Coupe de l"AmericaPatron du dernier défi français sur la Coupe de l'America, Stéphane Kandler a renoncé à participer à la prochaine édition qui se disputera à San Francisco en 2013.Photo @ Franck Socha All4Onevoilesetvoiliers.com : Il y a tout juste un an, tu nous annonçais avoir trouvé le budget pour participer à la 34e Coupe de l’America et pourtant All4One n’est toujours pas challenger officiel. Que s’est-il passé ?
Stéphane Kandler : L’objectif pour nous était de participer à la 34e Coupe de l’America dans des conditions qui nous permettent d’avoir une chance d’être compétitif. Nos exigences sur le plan financier pour arriver à cet objectif-là n’étaient pas atteignables par nos partenaires envisagés. Ensuite, les garanties que demandaient les partenaires vis-à-vis des événements ont fait aussi qu’on a eu des difficultés à les convaincre, notamment sur la garantie d’un programme fixe et définitif. Malheureusement, les dernières annulations d’événements comme celles prévues en février (à Sydney, ndlr) n’ont fait que confirmer qu’on ne pouvait pas s’engager sur un certain nombre de dates. Ce qui a posé des problèmes dans les deux sens. Ce sont les deux raisons majeures. On avait annoncé que si on ne pouvait pas avoir un budget suffisant et à temps, ce n’était pas la peine d’y aller. On a déjà participé à la Coupe de  l’America une fois (Areva Challenge en 2007, ndlr). C’était une opération difficile avec un budget tardif. L’optique était de ne pas retomber dans ces travers-là. On a donc abandonné l’idée de se présenter.

v&v.com : Quand avez-vous décidé de renoncer à la 34e Coupe de l’America ?
S.K. : On attendait encore des réponses, mais on s’était fixé comme date limite le 31 janvier. Il faut être clair. Aujourd’hui, ce n’est pas possible d’être compétitif face à des équipes qui ont non seulement plus de moyens, mais ont en plus démarré leur campagne depuis dix-huit mois. Je ne vois pas qui peut être compétitif dans ce contexte-là. A moins d’avoir énormément d’argent, et encore, ce n’est même pas une garantie. Luna Rossa, qui s’est inscrit tardivement, a eu la bonne idée de s’associer avec Team New Zealand. C’est assez malin, mais ils ont aussi des moyens très conséquents. Venir jouer avec un budget moindre et un projet tardif, ça ne sert à rien de se présenter sur la ligne…

All4One sur le Louis Vuitton TrophyDirigée par Stéphane Kandler et Jochen Schümann, l'équipe franco-allemande All4One a participé au Louis Vuitton Trophy en Class America (ici à La Maddalena).Photo @ Franck Socha All4Onev&v.com : Qu’en est-il de ton association avec Olivier de Kersauson ?
S.K. : On s’est démené pour monter un projet compétitif. L’association en tant que telle n’avait lieu d’être que pour la Coupe. Chacun est maintenant retourné dans ses activités.

v&v.com : Et Jochen Schümann dans tout ça, il travaille encore pour All4One ?
S.K. : Oui, absolument. Jochen est associé dans le projet. On a un projet TP52 d’un côté. C’est quelque chose qui a continué d’exister. S’il y avait eu Coupe, on aurait discuté pour qu’il s’intéresse au sujet. Mais ce sont des discussions qui n’ont plus lieu d’être dans la mesure où on a décidé de ne pas dépenser d’énergie à essayer de monter des choses dans lesquelles on ne sera pas compétitives par la suite.

v&v.com : La saison dernière, tu as lancé un nouveau TP52 pour participer à l’Audi MedCup qui n’aura pas lieu cette année. Comment as-tu pris cette annonce ?
S.K. : Forcément, ce n’était pas une bonne nouvelle dans l’absolu. C’est surtout dommage. Parce qu’Audi a investi beaucoup d’argent dans notre sport. Ce n’est jamais bon de dire à un sponsor qu’on n’a plus envie de travailler ensemble. C’est ce qui s’est passé avec l’organisation de l’Audi MedCup. De notre côté, on avait anticipé avec Audi (sponsor également de deux équipages de TP 52, All4One et Azzura, ndlr) pour continuer sur un programme alternatif. On travaille là-dessus. En parallèle, Audi travaille également avec tous les propriétaires de TP52 pour essayer de monter un circuit qui ressemble à ce qu’était l’Audi MedCup. Bref, au lieu d’avoir un organisateur tiers, la classe TP52 serait l’organisateur de son propre circuit.

Le TP52 d"All4OnePour sa deuxième saison sur l"Audi MedCup, l'équipe All4One, sponsorisée par Audi, disposait l"an passé d"un tout nouveau plan Jüdel/Vrolijk.Photo @ Franck Socha All4One

v&v.com : Entre Ortwin, ton père, et toi aujourd’hui, cela fait plus de vingt ans que vous investissez ou vous consacrez professionnellement à la voile. Quels sont les projets aujourd’hui ?
S.K. : Notre ambition est d’être présent sur les circuits de haut niveau et de monter des équipes professionnelles viables à temps plein, un peu à l’image de ce que fait Team New Zealand qui est la référence dans le domaine. C’est-à-dire un savoir-faire, une marque, une équipe capable d’aller d’un support à l’autre. C’est notre ambition depuis qu’on a créé All4One qui était la suite de K-Challenge, qui était déjà la suite de toutes les campagnes qu’on a pu mener auparavant. Nous sommes allés jusqu’à l’America’s Cup. Celle-ci a changé de nature en passant au multicoque. Ça reste notre objectif final, mais on se rend compte que le multicoque devient la plateforme de régate à tous les niveaux. Il faut donc s’orienter vers ce type de support pour proposer ces plateformes de communication aux sponsors. On s’intéresse donc aux Extreme 40, aux MOD 70, pour proposer notre savoir-faire technique, sportif et marketing dans la gestion de projet de haut niveau. Est-ce que ce sera tout seul ou en partenariat avec d’autres équipes ? C’est la question qui se pose.

v&v.com : Et participer aux America’s Cup World Series en AC45, même en vue de la 35e Coupe de l’America, ce n’est pas intéressant ?
S.K. : Oui, ça le serait. Mais il faut être conscient aujourd’hui que notre objectif est de monter des projets viables d'un point de vue marketing et qui offrent un certain nombre de garanties. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que l’expérience de l‘Audi MedCup, et la façon dont cela s’est terminée malgré la présence d’un gros sponsor, nous oblige à faire très attention à ce qu’on propose à nos partenaires. Même si la nouvelle formule de l’America’s Cup avec ses nouveaux bateaux est très excitante, il faut un rapport investissement/retombées plus favorables à des projets commerciaux.

v&v.com : Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?
S.K. : Non. D’abord parce que le changement a été très radical. Ensuite, la Coupe a beaucoup souffert au niveau de l’image pendant les trois ans de procédure entre Alinghi et Oracle. Il y a un gros travail à faire pour essayer de convaincre des marques de venir sur la Coupe. A l’exception de Team New Zealand qui a réussi à conserver des sponsors, mais qui a aussi des bailleurs de fonds privés (et public via le gouvernement néo-zélandais, ndlr), il n’y a aucune marque nouvelle sur la Coupe de l’America. C’est lié à l’image et aussi au flou de l’événement en lui-même, notamment son aspect budgétaire. Enfin, cette transition s’est également effectuée dans une période économique qui n’est pas favorable, ce qui n’a fait que s’ajouter à la difficulté de réunir les fonds nécessaires pour être compétitif. Ça reste le plus grand événement de voile au monde, mais il faut reconstruire le modèle de façon concrète et efficace pour tout le monde.