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Actualité à la Hune

America’s Cup World Series 2011

A bord d’un AC45, c’est un match de boxe !

Oubliez Space Mountain et les parcs d’attraction ! Le kiff aujourd’hui, la décharge d’adrénaline, c’est de faire un tour sur ces drôles de machines à aile que sont les AC45. Oubliez aussi toutes vos habitudes et vos convictions. Faut rebooter le disque dur. Les accélérations sont hallucinantes. Un véritable coup de pied au cul ! Hormis une planche à voile, je ne connais pas d’engin capable de démarrage aussi intense. Et avec seulement 10 nœuds de vent, on file sur une coque à plus de 18 nœuds au portant ! Mieux vaut garder son casque, parce que ça décoiffe…
  • Publié le : 28/12/2011 - 00:03

ACWS à San DiegoLe nouveau format de régates des America’s Cup World Series est intense et spectaculaire. Au pied des gratte-ciel de San Diego, les équipages ont enchaîné match-racing et régates en flotte.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s Cup

Bienvenue à San Diego, plus grande base navale américaine, au sud de la Californie. Sa baie bien protégée. Son climat doux l’hiver. Et son vieux train qui traverse les rues en direction du Mexique, à seulement à 15 km de la ville. Après Cascais au Portugal et Plymouth en Angleterre, le circuit des America’s Cup World Series a traversé l’Atlantique pour une troisième étape sur la côte ouest des Etats-Unis en novembre. Avant le début de la compétition, les neuf équipes engagées peuvent participer à des régates d’entraînement. L’occasion pour moi de prendre place à bord en tant qu’invité.

Cinq majeur à bordA cinq, le travail ne manque pas à bord. Les équipiers n’ont pas une seconde pour se reposer pendant les 20 à 40 minutes de chaque régate. Un vrai travail d’athlète qui explique en partie l’arrivée de jeunes régatiers athlétiques venus du Tornado et autres multicoques de sport.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s CupPremier objectif : ne pas tomber à la baille !
Gilet de sauvetage et casque obligatoire à bord d’un AC45, pour l’équipage comme pour l’invité. Derrière la poutre arrière, l’espace dédié à l’invité est très réduit et bourré d’obstacles. Le filet, qui est mou contrairement au trampoline, mesure à peine 50 cm de large. Et avec les capteurs et autres boîtiers placés pour cet entraînement par le couple d’ingénieurs François et Virginie Nivelleau, mieux vaut regarder où l’on s’assoit. Car pas question de vouloir se lever. Trop instable. La transition d’un côté à l’autre de la poutrelle centrale devient vite acrobatique ! Attention aussi au mauvais réflexe qui serait de se retenir à la bastaque, juste devant soi ! Rien que de penser à un doigt dans une poulie fait froid dans le dos…
En l’absence de Loïck Peyron, parti sur Banque Populaire V, c’est Yann Guichard le skippeur/barreur du catamaran Energy Team à San Diego. Très prévenant, Yann m’indique tous les dangers du bord, les endroits où ne surtout pas mettre les mains, la bonne position à adopter, et surtout les deux petites poignées rouges pour s’accrocher. J’ai encore en mémoire les images rocambolesques de chavirages à Plymouth. Pas de risque aujourd’hui à San Diego où la brise dépasse à peine 10 nœuds de vent. Dommage, j’aurais bien aimé voir à quoi ça ressemble par 25-30 nœuds de vent !

Yann Guichard, skippeur d"Energy TeamSpécialiste du multicoque, Yann Guichard a terminé 4e en Tornado aux JO de Sydney avec… Pierre Pennec, le barreur d’Aleph à San Diego ! Drôle de coïncidence…Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s CupTout au feeling
Première surprise en observant alentour. Hormis le GPS qui indique le cap et la vitesse, il n’y a aucun instrument à bord. Pas d’anémomètre, et surtout pas de girouette pour connaître l’angle du vent. Comme sur un cata de sport. « Tout se fait au feeling, m’explique Yann Guichard. Mais c’est vrai qu’en dessous de 5 nœuds de vent, avec l’aile, il n’est pas toujours facile de savoir exactement d’où vient le vent … »  On sillonne la baie en quelques minutes. L’équipage s’échauffe en enchaînant les manœuvres. Au portant, le foc reste en place. Seul le gennaker est hissé puis affalé à la bouée. L’aile se règle de trois moyens différents. Le chariot. Le “camber“, qui règle le creux de l’aile, comme une bordure. Et le twist. Malgré le vent faible, l’AC45 file à une dizaine de nœuds au près et se met à voler sur une coque à plus de 18 nœuds au portant. C’est juste hallucinant à voir…

AC45 Energy Team à San DiegoGrâce à son aile rigide, l’AC45 est une grosse cylindrée capable d’accélération étonnante.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s CupDépart au travers !
Cinq équipages participent aujourd’hui à la régate d’entraînement. Avec les départs travers au vent, il faut revoir toute la stratégie d’approche. Le bon côté de la ligne se choisit en fonction de la distance et de la position de la bouée de reaching à laisser sur bâbord après quelques centaines de mètres. Partir au comité, donc au vent, permet de toucher les risées en premier, et du coup d’accélérer quelques secondes avant les autres. Partir à la bouée, sous le vent, offre la possibilité d’être engagé à la bouée et de pouvoir faire l’intérieur aux autres. Il n’y a donc pas de côté favorable systématique. A 30 secondes du départ, tous les catas sont quasiment arrêtés à moins de deux longueurs de la ligne. Ça se bouscule, ça lofe, ça braille un peu jusqu’aux dix dernières secondes où d’un seul coup, les chevaux sont lâchés. Et là, ça arrache ! « C’est la puissance du bateau qui m’a le plus impressionné la première fois, m’avoue Christophe André, équipier numéro 1. Cette capacité à accélérer très vite est étonnante. » « C’est vrai que ça accélère fort, reconnaît Yann Guichard. Mais moi, ce qui m’a impressionné, c’est que le bateau ne s’arrête pas dans les manœuvres. L’aile est super efficace, sans traînée, et le bateau parfaitement équilibré. C’est un bateau très marin, vraiment très réussi. Avec l’aile, on peut gérer la puissance au centimètre près. Ça aussi c’est impressionnant. Tu reprends 1 cm de camber et tu le sens tout de suite dans le bateau ! »

L’équipage d’Energy Team en actionA cause des petits winches, les manœuvres sont très physiques pour l’équipage qui doit reprendre un maximum à la main. Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s Cup

Pas de répit
Energy Team est parti sous le vent. Dès que l’aile est bordée, la puissance est transmise dans la seconde à la plateforme qui accélère immédiatement. C’est le fameux coup de pied au cul qui surprend donc tous les novices. En moins de 30 secondes, nous voilà la bouée de reaching, en tête, à l’intérieur du virage. La tension monte à bord. Il faut parler fort, voire crier, juste pour se faire entendre. Yann annonce les timings des manœuvres. Christophe André et Devan Le Bihan, les équipiers d’avant, n’arrêtent pas une seconde. Arnaud Jarlegan et Peter Greenhalgh, les régleurs de l’aile et des voiles d’avant, sont à peine moins actifs. Ça déroule le gennaker, ça empanne dans la foulée. Les dérives montent, descendent. Dans ces moments intenses, Yann Guichard a la tête qui tourne dans tous les sens pour surveiller ses adversaires, repérer la prochaine bouée qui arrive très vite, regarder les risées et suivre la manœuvre… L’intensité à bord est impressionnante. Traverser le catamaran n’est pas simple entre la poutrelle longitudinale et l’aile. Christophe André a trouvé la solution. Il plonge tout simplement entre les deux, et d’un roulé-boulé se retrouve accroupi en position idéale pour reprendre l’écoute ! « Ça évite de donner des à-coups à la plateforme et c’est le moyen le plus rapide d’aller de l’autre côté » s’en amuse-t-il de retour au port.

Faire deux tours de course en AC45 en vingt minutes, sur un parcours où l’espace est borduré, représente une dizaine d’empannages et autant de virements de bord. Avec les envois et les affalages de gennaker, cela se traduit par une manœuvre toutes les 30 à 40 secondes ! « C’est sûr que c’est beaucoup plus physique que les Class America, assure Christophe André. Le rythme cardiaque ne descend pas pendant vingt minutes, alors que sur les Class America on alternait les efforts intenses et des longs moments d’attente. Sur les AC45, il n’y a vraiment aucun temps mort, parce qu’entre les manœuvres, il faut en plus faire du rappel à fond ! Et puis les manœuvres, il faut en faire 90% à la main, sinon, tu perds trop de temps avec le winch. Dernier point qui est physique et auquel on ne pense pas, c’est l’instabilité permanente. Le cata n’arrête pas de monter et descendre et on se déplace sur un trampoline, qui reste une surface molle qui bouge dans tous les sens. Les mouvements sont assez violents. C’est vraiment épuisant… »

L"équipage d"Energy Team à San DiegoArnaud Jarlegan, Christophe André, Yann Guichard (casquette blanche), Devan Le Bihan et Peter Greenhalgh forment l’équipage de l’AC45 d’Energy Team qui s’est illustré à San Diego.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s CupCoordination parfaite
Comme sur tout bateau, la coordination du bord est une des clés de la réussite. Mais plus qu’ailleurs, par la vitesse des AC45 et la taille réduite des parcours, la moindre erreur se paie cash. Sur cette manche d’entraînement, l’équipage d’Energy Team en a fait l’expérience. A la lutte pour la première place en arrivant à la porte sous le vent, l’un des équipiers a choqué la drisse de gennaker dans l’empannage. Impossible de rouler avec une drisse molle. Et voilà comment on peut passer de la première à la dernière place en quelques secondes… Une erreur que les hommes de Bruno Peyron, le patron de l’équipe française, ne commettront plus. Ils réaliseront même le meilleur résultat tricolore de l’année 2011 en terminant finaliste de l’épreuve de match-racing, et troisième de la grande régate en flotte finale du dimanche. Les deux premiers podiums français cette saison…

Vivement Naples
En 2012, Luna Rossa va rejoindre la caravane des America’s Cup World Series, ce qui portera à dix le nombre de catamarans sur les lignes de départ. Après Naples en avril et Venise en mai, les dix équipes mettront le cap sur les Etats-Unis pour une épreuve à Newport fin juin, et deux autres à San Francisco en août. De retour à quai, barreurs et équipiers avouent sans peine que naviguer en AC45 devient vite une véritable drogue. « Pour une fois, on a vraiment l’impression de profiter de l’avance technologique dans chaque domaine, s’enthousiasme Christophe André. On est déjà monté à 37 nœuds et je pense qu’on peut passer les 40 ! C’est génial ! et encore, on n’en est qu’aux balbutiements. Quand on voit l’évolution des Class America en cinq éditions, je n’imagine pas encore à quoi vont ressembler les AC72 ! » Nous non plus…

 

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